Acteurs éducatifs Mise à jour le : 15/12/2025

Recueil d'un témoignage d'enseignante

Durant l'année scolaire 2024/2025, deux formatrices des Ceméa se sont déplacées sur des séances du dispositif EAE afin de recueillir des retours d'expériences d'élèves et d'enseignants volontaires. Ce recueil de témoignages a été réalisé dans une classe de CAP PAR (Peintre Applicateur de Revêtements) au sein d'un lycée polyvalent  de la Seine Maritime en 2025.

Entretien avec l’enseignante après la séance

 

Enseignante : C'est vrai qu'on a énormément de problème lors des interventions parce qu'on a un public qui ne sait pas lire.  Qui ne parlent pas forcément bien français. On a des SEGPA, des ULIS mais c’est pas tant eux le problème, c'est les primo-arrivants, parce que du coup, on a des jeunes qui parlent pas bien français, ça fait même pas un an qu’ils sont en France. Donc, il y a plein d'autres choses qui en découlent, c'est qu’il n’y a pas forcément de famille. Donc, du coup, il y a des sujets qui peuvent être difficiles à aborder parce qu’alors, oui, on a la place de la femme, déjà dans un pays compliqué on a le fait qu'ils ont pas de parents, donc ils n’ont pas de repères, ils ,n’ont personne qui les guide sur les réseaux sociaux. Tout ça, en fait, c'est pas, j'ai pas envie de dire nouveau, parce qu'ils ont aussi dans leur pays, mais qui arrivent en France, c’est démentiel. 

C’est pas forcément des choix , qu'il y a pas cinquante CAP. Donc, en fait, c'est un public prioritaire.

Ils ont le choix entre peinture, cuisine…. Mais la plupart, si c'est des choix et donc si c'est pas des primo-arrivants, ces jeunes sont issus de FLS ou UPE2A. Toutes les interventions qu’on a , on marche sur des œufs. 

Ils n’ont pas tous les mêmes bases et ils ne comprennent pas tout. Ils ont un vocabulaire, qui est très, très faible. Donc, il faut toujours expliquer, contextualiser, faire des exemples concrets .

 

Formateur CEMÉA : Toi, ton ressenti ? Est-ce que ça t’a convenu ? Est-ce que tu avais des attentes ? 

 

Enseignante :  Le problème, c'est qu'il y en a beaucoup qui sont pas d'ici. Ils ont pas forcément notion des difficultés françaises. Par exemple sur la place de la femme. C’est pas questions qu’ils se posent.

 

Formateur CEMÉA : Est-ce que c’est quelque chose qui peut leur servir à eux pour plus tard ?

 

Enseignante : Peut-être mieux saisir les enjeux. Je pense que tout est bon à prendre.

J'imagine qu’ils ont tous un petit peu repositionner leur, pour ceux qui comprennent, car il y en beaucoup qui ne comprennent rien du tout. Pour certains, je pense que ça ne peut pas leur faire de mal.

 

Formatrice Ceméa : Le public est très hétérogène… 

 

Enseignante :  Oui, parce qu'il y a plus d'élèves ULIS, de primo-arrivants… Il faut pas forcément remettre tout en question car par rapport à d’autres années, on est vraiment très, très, très, très bas. Par exemple dans nos enseignements technologiques, on a fait un tiers de ce qu'on est censé faire à cette époque-là.

Parce qu’il faut qu'on explique chaque mot: tout prend plus de temps. À la base des primo-arrivants, on va en avoir deux, trois. Là cette année on en a 12. Là on en avait neuf sur la séance. C’est énorme sur une classe normalement de 24. Là ils étaient 16 dont 9 primo arrivants.

Ils ne sont pas difficiles. L’avantage avec ces jeunes-là il n’y a pas de culture de la note, de la participation. C’est dans l’échange. Ils ne sont pas habitués à être assis trois heures. La concentration elle disparait vite. L’avantage avec ces classes-là , c’est qu’il faut éventuellement prévoir plus de temps.  Prévoir plus d'activité qui les bougeraient plus. Pas forcément que de l’écoute. 

 

Formateur CEMÉA : Ils peuvent être vachement sur la défensive sur plein de trucs. 

 

Enseignante : Oui, bon, après, c'est vrai qu'on a le trio. J’ai envie de dire que c’est ceux qui sont français qui, dans ces situations-là , posent souvent le plus de problèmes. Au final, les étrangers qu’on a sont plutôt cools. Ils découvrent tout. Ils découvrent. Il découvre la culture, la France, les choses. Ils sont plus dans l’écoute, la découverte.

Donc, non, moi j'ai trouvé que c'était intéressant. Je vous dis, ma collègue était vraiment très, très contente de son intervention qu’elle a faite avec vous. Elle m’a même dit qu’elle était déçue de ne pas être là pour la deuxième séance.

C’est intéressant mais c’est vrai que nous , au niveau des pathologies qu’on a ; ils nous expliquent qu'il faut qu'on évite d'aborder trop de thèmes en même temps. Il faut réduire éventuellement les sujets.

 

Formateur CEMÉA : Comment faites-vous pour vous adapter à ce public ?

 

Enseignante : Oui, on adapte tout, tout le temps. Moi, j'en suis venue à faire des évaluations comme en maternelle avec : Ils me donnent la réponse (sur ardoise). C'est pour ça que j’ai fait VOTAR, c’était plutôt pas mal. Parce que, du coup, au moins, ça pénalise pas ceux qui savent pas trop. Ils restent entre guillemets mauvais.  Ceux qui peuvent répondre répondent, ceux qui se trompent, on corrige directement.